2026-04-12·Article #3

Le contrôle coercitif : quand la violence n'a pas besoin de faire mal physiquement pour détruire

Tout savoir sur le terme : contrôle coercitif, un terme que je ne connaissais pas avant de m’investir et de faire des recherches sur la violence psychologique faites aux femmes. Un terme trop peux exploité que ce soit par les tribunaux qui ne le reconnaissent pas ou même des survivantes elle même. Cet article a pour but de sensibiliser, d’expliquer et d’aider les femmes qui vivent le contrôle coercitif afin de se défendre et de comprendre leur propre souffrance.

Il t'a peut-être dit que tu exagères. Que tout le monde se dispute. Que si c'était vraiment de la violence, il y aurait des bleus. Et peut-être que tu l'as cru. Pendant longtemps. Parce que lui, il n'avait pas besoin de lever la main pour te tenir.

C'est exactement ce que le contrôle coercitif permet. Une emprise totale. Sans traces. Sans preuves. Et en Suisse aujourd'hui, sans nom dans le Code pénal.

Un mot pour nommer ce que tu n'arrivais pas à expliquer

Le terme vient du chercheur américain Evan Stark, qui a publié en 2007 un ouvrage fondateur sur le sujet. Il a observé des milliers de cas de violence conjugale et il a compris quelque chose que le droit refusait encore de voir : ce qui détruit les femmes, ce n'est pas toujours un coup isolé. C'est un système.

Un système de contrôle installé dans le temps, fait de règles, de surveillance, de punitions, de récompenses, d'humiliations répétées et d'isolement progressif.

Evan Stark a appelé ça le contrôle coercitif. Et il a montré que ce système est souvent bien plus dévastateur que la violence physique, parce qu'il atteint l'identité même de la personne. Il ne casse pas des os. Il casse une femme de l'intérieur.

Ce que ça ressemble dans la vraie vie

Le contrôle coercitif n'a pas l'air dramatique vu de l'extérieur. C'est pour ça qu'il est si difficile à nommer. Et si facile à minimiser, y compris par celles qui le vivent.

Dans mon cas, ça a commencé quelques mois après la naissance de ma fille. Des remarques. Des restrictions. Puis un isolement total, si progressif que je ne l'ai pas vu venir. J'ai perdu tous mes amis. Je ne pouvais plus m'habiller à ma guise. Chaque tentative de sortie se terminait mal. Et ses yeux, quand ils devenaient noirs, suffisaient à me réduire au silence en une fraction de seconde, sans qu'un seul mot soit prononcé.

« Mon mari, dévoré par la jalousie et la colère, a commencé à m'enfermer dans son cercle. Cela a débuté par de simples remarques, puis par des restrictions de plus en plus lourdes, jusqu'à ce que je perde ma liberté sans même m'en rendre compte. »
— Mia Alma, Pas si invincible, chapitre 6

Ce n'est pas de la jalousie. Ce n'est pas du caractère. C'est un système de pouvoir. Et il est construit pour que tu ne puisses plus fonctionner sans lui au centre.

La survivante stratège

Il y a quelque chose qu'on dit rarement sur les femmes qui vivent sous contrôle coercitif. Quelque chose d'important.

Elles ne sont pas passives.

Evan Stark l'a documenté et nommé : elles sont des survivantes stratèges. Elles calculent. Elles anticipent. Elles adaptent chaque geste, chaque mot, chaque ton de voix pour protéger ce qui peut encore l'être. Elles trouvent des marges minuscules pour résister, même quand personne ne le voit. Elles protègent leurs enfants avec ce qu'il leur reste.

Ce n'est pas de la faiblesse. C'est de la survie neurobiologique. Et confondre les deux, c'est trahir ces femmes une deuxième fois.

Ce que la loi suisse dit et ne dit pas

Voilà où ça devient concret. Et révoltant.

En Suisse, le contrôle coercitif n'existe pas comme infraction pénale. La loi reconnaît les coups. Elle reconnaît les menaces. Elle reconnaît certaines formes de harcèlement. Mais elle ne reconnaît pas le contrôle coercitif. Elle ne reconnaît pas l'ensemble cohérent des comportements qui, pris isolément, semblent anodins, mais qui ensemble constituent une cage, une violence grave tenue dans le temps.

Une femme qui vit depuis cinq ans sous surveillance constante, isolée de sa famille, privée d'accès à l'argent, humiliée quotidiennement, n'a aujourd'hui aucun recours pénal pour nommer ce qu'elle subit si aucun coup n'a été porté. Son histoire ne rentre dans aucune case du Code pénal suisse.

En mars 2025, une motion a été déposée au Conseil national par Jacqueline de Quattro pour intégrer le contrôle coercitif dans la loi. Elle était signée par des élues de tous les partis. La réponse du Conseil fédéral a été sans ambiguïté : le droit pénal ne présente pas de lacunes.

Cette année-là, 28 femmes mouraient en Suisse sous les coups de leur partenaire.

Ce qu'on aurait pu lui dire plus tôt

Si le contrôle coercitif avait un nom dans la loi, des milliers de femmes pourraient mettre des mots sur ce qu'elles vivent avant que ça devienne physique. Avant que ça devienne irréparable. Les professionnels pourraient l'identifier. Les policiers pourraient le reconnaître. Les juges pourraient en tenir compte.

La Grande-Bretagne a introduit le contrôle coercitif dans son droit pénal en 2015. La France en 2020. La Suisse, en 2025, répond qu'il n'y a pas de lacune.

Toi, tu sais ce que ça veut dire. Moi aussi.

Sources

  • Evan Stark — Coercive Control, Oxford University Press, 2007

  • Motion Jacqueline de Quattro — Conseil national, mars 2025

  • Réponse du Conseil fédéral — 2025

  • Stop Feminizid — Décompte féminicides Suisse 2025

  • OFS — Statistiques policières 2024

Tu n'es pas seule – ressources d'aide :

Suisse :
143 – La Main Tendue – 24h/24, 7j/7
0848 110 112 – violencequefaire.ch
LAVI – Centres d'aide aux victimes

France :
3919 – Violences Femmes Info (gratuit, 24h/24)